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Yoann Kongolo, le Tyson suisse !

Bertrand Duboux, 19.10.2017

Depuis la grande époque des Scacchia et Martelli (1985-88), si l’on excepte le Fribourgeois Yves Studer, quadruple champion EBU-EE des poids moyens (pays hors Union européenne) et invaincu en 29 combats entre 2004 et 2011, la boxe suisse n’a pas recelé un tel phénomène dans ses rangs. Un espoir de 30 ans, Yoann Kongolo, 9 succès en 9 combats professionnels dont 8 disputés à l’étranger (Usa et Russie notamment), là où il est difficile de triompher pour qui n’a pas les arguments et les qualités requises !

 

Apparemment, le Lausannois semble bien armé de ce côté-ci : une puissance de bras impressionnante qui lui donne une force de frappe redoutable ; de terribles crochets et uppercuts, une solide assise sur ses jambes et un caractère de guerrier du ring qui, par son style, n’est pas sans rappeler le fameux Mike Tyson ! De quoi nourrir quelques ambitions personnelles pour réussir une belle carrière en boxe anglaise après avoir été sacré champion d’Europe professionnel de kick boxing en 2013-14 avec, à la clé, 74 combats disputés et 65 succès dont 46 par ko !

Un vrai phénomène, Yoann Kongolo (1m75, 79 kg), comme la boxe en produit peu, surtout en Suisse où le réservoir de combattants dignes d’évoluer au niveau international est limité. Né d’un papa congolais et d’une maman fribourgeoise, il a fait ses classes à Lausanne. Les sports de combat, en particulier le kick boxing, lui ont d’abord permis de se tailler une solide réputation mais désormais c’est la boxe anglaise qui l’attire à elle et lui offre de nouvelles perspectives.

En premier lieu, le championnat d’Europe EBU-EE des mi-lourds (pays hors de l’Union européenne) qu’il disputera le samedi 4 novembre prochain à l’hôtel Ramada-Encore à Genève face au Bosniaque Enes Zecirevic (18 combats, 16 succès dont 10 avant la limite). Un affrontement décisif pour la suite de sa carrière qu’il entend hisser vers les sommets trois ans après avoir effectué ses débuts face au Français N’Gassam dans un meeting du Club pugilistique Carouge, en novembre 2014.

Une entrée en matière difficile mais réussie qu’il est ensuite allé consolider durant plusieurs mois à Las Vegas au contact des Américains de la Promotion Roy Jones (ex-champion du monde des moyens, super-moyens, mi-lourds, lourds entre 1993 et 2003). Une préparation intensive qui lui a permis de gagner là-bas son deuxième combat avant la limite. De retour en Suisse, le Lausannois a poursuivi durant quelque temps sa carrière en kick boxing mais, à fin 2015, il s’est résolument tourné vers la boxe anglaise, rassuré et confiant en ses atouts. "A Las Vegas, j’ai fait du sparring avec quelques grands noms de la boxe américaine, confie-t-il.  Des boxeurs millionnaires, même. J’ai pris mes marques et je n’ai pas été trop impressionné."

 

Pour vivre de son sport, Kongolo s’est associé, à Lausanne, avec deux amis de la première heure, l’ex-multiple champion de Suisse Jérémie Canabate (kick et boxe) et Cabal Crenn, leur manager, pour fonder un nouveau club de sports de combat, le Fight District, qui compte déjà quelque 400 membres deux ans après sa création. Entre ses combats, il y dispense ses cours aux abonnés et s’y entraîne aussi avec la foi d’un débutant. "Je ne triche pas dans ma préparation. Je mets tout en œuvre pour y arriver et en même temps je me fais plaisir, ajoute-t-il."

Et Jérémie Canabate d’ajouter : "Il est d’une grande humilité et il écoute ce qu’on essaie de lui apprendre. On sent bien qu’il a une grande envie de progresser."

Dès lors, le puissant Kongolo a enchaîné les affrontements du côté de Moscou, dans les pays baltes, en Angleterre, en Espagne. Dernier exploit, la conquête le 26 août dernier à Vilnius (Lituanie) d’un titre international, la ceinture WBC argent des mi-lourds, face au dur Biélorusse Salambek Baysangurov, ancien champion du monde junior, professionnel dans l’écurie des frères Klitschko et invaincu en huit combats. Un premier 10 rounds gagné aux points qui a renforcé sa confiance et en fait désormais le grand espoir de la boxe suisse.

Aujourd’hui le combattant lausannois, vaudois de cœur, peut se consacrer entièrement à la compétition. Avec un programme chargé car il s’agit de ne pas perdre de temps en route. De retour de Londres, où il s’est astreint à de dures séances de sparring-partner dans l’entourage de David Hayes, l’ex-champion du monde des lourds, il termine actuellement sa préparation du côté de Malley avec son entraîneur russe Roman Anuchin. Deux entraînements quotidiens à haut rythme, en particulier enchaînement des frappes, esquives et déplacements. Un travail impressionnant de coordination des mouvements qui devrait lui permettre de prendre la mesure du coriace Zecirevic et s’ouvrir la porte d’un avenir à la hauteur de ses ambitions. "Si tout se passe bien, j’espère pouvoir me faire une bonne retraite avec la boxe ! dit-il en rigolant."

A 30 ans, l’explosif Yoann Kongolo se positionne comme le sportif suisse en devenir dans un sport olympique que les médias helvétiques ont totalement délaissé et abandonné depuis une décennie. Un constat affligeant eu égard aux heures d’entraînement et aux sacrifices consentis. Et pourtant, le Lausannois sera candidat à une sélection pour représenter la Suisse aux JO de Tokyo en 2020. Un pari impossible ? Pas sûr quand on connaît la détermination et la volonté de ce père de famille tranquille et réfléchi qui n’est sans doute qu’au début de son ascension vers la grande notoriété.

 




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