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Bocquet: Interview

«Je ne ferais pas de mal à une mouche»



01.09.2009 - L’invitée. Avec huit K.-O. à son actif, Solange Bocquet est une puncheuse redoutée. Rencontre musclée avant les prochains Championnats d’Europe en Ukraine.

COOP. Une question directe pour commencer: est-ce que vous haïssez vos adversaires quand vous montez sur le ring?

Solange Bocquet. Haïr est trop fort, mais j’ai une certaine rage. Elle n’est pas centrée sur la personne elle-même, mais sur ce qu’elle représente à ce moment-là, c’est-à-dire mon adversaire. Il y a beaucoup de respect entre boxeuses. Une seule fois, l’attitude d’une adversaire m’a énervée et m’a hérissé le poil. Ça m’a motivée à y aller plus fort, à frapper.

Quand l’adversaire saigne, ça fait quoi?

Ça donne envie de taper là où ça saigne. Mais ce n’est pas la douleur de l’adversaire qui m’incite à frapper, c’est le but suprême de mon combat, le K.-O.

Quand vous étiez enfant, vous étiez un garçon manqué?

J’adore mon grand frère et, depuis toute petite, jusqu’à l’adolescence, j’ai toujours voulu faire la même chose que lui – à son grand agacement, j’imagine. Karaté, judo, je l’ai suivi sur ses traces et j’ai pris goût aux arts martiaux. Comme je n’ai jamais été une fille très gracieuse – disons que je ne me verrais pas dans la danse classique – ça me correspondait bien.

Est-ce que la boxe vous aide dans votre carrière policière?

Oui, parce que le respect est souvent fondé sur la force. Je trouve cela ridicule, mais c’est comme ça. En tant que femme, dans la police, on est toujours attendue au tournant. Je ne sais pas l’image que mes collègues ont de moi, mais ils savent qu’ils peuvent compter sur moi lorsqu’on arrive sur une intervention musclée.

La boxe vous donne confiance en vous?

Je me remets tout le temps en question, mais c’est vrai que je me sens beaucoup plus calme, je montre que je suis zen. Je suis peut-être aussi plus sensible que quelqu’un qui n’a pas l’habitude de combattre: je sens mieux quand quelqu’un veut en venir aux mains, mais je n’ai jamais utilisé la force dans mon métier.

Qu’est-ce qui vous a amenée à faire de la boxe?

Entre 16 et 17 ans, je suis allée dans un club pour commencer la boxe, mais je n’y ai fait que des pas de boxe, sans coups, pendant trois mois. J’ai dit à l’entraîneur que je voulais faire de la compétition. Il m’a répondu que la boxe anglaise n’était pas destinée aux femmes, que ça les rendait moches parce qu’elles n’avaient pas le physique adéquat. Une aberration! J’ai tout de même pu faire une compétition en semi-contact, où chaque fois qu’on touche l’adversaire, l’arbitre arrête le combat pour nous donner un point. Pour moi, ça restait proche de la danse. J’ai arrêté, dégoûtée par cette voie de garage.

Mais vous êtes quand même devenue boxeuse…

En entrant à l’école de police, j’ai appris que Bertrand Fellay, l’un de mes instructeurs, donnait des cours de boxe. Je lui ai dit que j’adorais les sports de combat et la compétition. Il m’a répondu qu’on verrait. Il a voulu voir ce que j’avais dans les tripes. Il m’a entraînée, et voilà…

Comment donc a débuté votre carrière sur le ring?

Pendant l’école de police, Bertrand Fellay a vu que j’évoluais bien. Mais il ne voulait pas que j’aie ma licence, pour ne pas compromettre mon école à cause d’une blessure. En 2006, dès que j’ai eu mon brevet fédéral, il m’a fait la surprise de m’offrir une licence de boxe. J’ai enfin obtenu mon premier combat. C’était à Gingins (VD), contre une Genevoise. C’était juste terrible, physiquement, vraiment horrible, j’étais en pleine asphyxie. Mais j’ai gagné et j’ai fait mal à mon adversaire, comme elle me l’a dit plus tard.

Physiquement, la boxe est très éprouvante?

On pourrait croire que ce n’est pas le cas en considérant la durée des combats: les miens durent quatre fois deux minutes. Une personne très endurante pour la course à pied sera crevée au bout de deux minutes sur le ring, c’est vraiment une autre forme d’endurance: on doit bouger, recevoir des coups et en donner. Ça demande d’être explosif et endurant en même temps et c’est ce qui est très difficile à entraîner.

Combien d’heures consacrez-vous à votre entraînement?

Une heure et demie par jour. Avec deux ou trois fois par semaine de la technique, mais aussi, en parallèle, de la course, du fitness, du cardio.

Vous entraînez-vous contre des femmes?

Non, la plupart du temps contre des hommes. Dans mon club, à Châtel-Saint-Denis (FR), il n’y a que des femmes débutantes et plus légères que moi. J’aime bien travailler avec elles, on apprend toujours, mais ce n’est pas la même chose.

Sur le ring, votre entraîneur, qui est aussi votre fiancé, vous provoque beaucoup, comme nous avons pu le constater. N’avez-vous jamais envie de lui réserver l’un de vos coups de poing?

Aux entraînements, il y a des frictions, et parfois j’aimerais bien! Mais sur le ring, je sais que ses provocations sont là pour me booster.

Quels sont vos prochains objectifs?

Je viens de participer à un tournoi international important à Saint-Pétersbourg et je vais aller boxer aux Championnats d’Europe, en Ukraine, du 8 au 16 septembre.

Boxeuse, policière, ne craignez-vous pas de faire peur avec un tel profil?

Si certains ont peur, c’est qu’ils n’ont rien compris. Je ne ferais pas de mal à une mouche.

© Coopération (COOP)

 

 

 

 


 

 

 




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